Extrait de la novella « Le Magicien »

Couv Cthulhu G-Dupille

(Illustration par Gwen Vibancos)

Parue en septembre 2014 aux éditions L’Ivre-Book, la novella « Le Magicien » est un hommage au mythe du Cthulhu, illustre créature issue de l’imagination fertile de H.P. Lovecraft. Voici un extrait de ce texte :

 » […] La vue n’était pas idéale, puisque la chambre donnait sur une ruelle sombre où se retrouvaient sans doute les prostituées du quartier à la nuit tombée, mais Mortimer n’en avait que faire. Il n’était pas là pour admirer le paysage londonien. Son but était tout autre. Il voulait devenir célèbre, aussi célèbre que le Grand Balthazar. Pour cela, il savait qu’il allait devoir travailler dur, être créatif et répéter ses tours encore et encore. Son humeur n’était cependant pas au travail. Épuisé par le long voyage qu’il venait de faire depuis Manchester, il rangea méticuleusement chacun de ses vêtements, noirs et presque tous identiques, classés par saison en fonction de l’épaisseur de leur tissu, puis s’écroula sur le lit. Il s’endormit rapidement.

Son sommeil fut très agité et peuplé de rêves étranges. Le plus marquant fut un songe où il se retrouva au fond de l’océan, en compagnie du Grand Balthazar. Il se vit avec lui, découvrant l’étrange pierre rouge rubis qui avait servi à créer sa bague porte-bonheur, celle qui, selon lui, lui avait apporté toute son inspiration. Cette pierre, il en avait toujours été persuadé, avait une origine extra-terrestre et provenait sans le moindre doute d’un éclat de météorite qui se serait écrasée dans le Pacifique Sud une nuit d’été. De nombreux témoins avaient suivi sa course du regard depuis l’île de Tahiti, traversant et illuminant le ciel avant de disparaître dans l’océan.
Après avoir lu la nouvelle dans La Gazette de Londres, Simon Balthazar n’avait eu qu’une obsession : se rendre là-bas et s’approprier cette roche, car, pour une raison inexplicable, il avait senti qu’elle lui était destinée et qu’elle lui apporterait gloire et fortune. Du moins, telle était la légende.
Dans son rêve, Mortimer aida Balthazar à extraire ce caillou des fonds marins. Il ressentit l’énergie et la chaleur qui s’en dégageaient. Une immense et hideuse créature fit alors son apparition, un être mi-humain, mi-animal marin. La roche bouchait son terrier, elle était libre, à présent. Sa peau était grise et de sa bouche, sortaient des dizaines de tentacules. Elle s’adressa à lui dans un langage incompréhensible, formé de sons rocailleux et rappelant le gaélique. Mortimer lui expliqua qu’il ne comprenait pas ce qu’elle disait. Elle se rapprocha, le fixant de ses inquiétants yeux bleu clair, presque translucides. Le magicien recula et réalisa soudain qu’il se trouvait au fond de l’eau, lui qui était aquaphobe depuis toujours. Il se débattit et tenta de remonter à la surface, mais la créature saisit l’un de ses pieds afin de le retenir. Mortimer paniqua et ne put retenir son souffle plus longtemps. Il sentit alors l’eau salée et piquante s’infiltrer dans sa gorge et ses narines. Un bruit sourd résonna alors. Il se réveilla d’un bond avec l’épouvantable sensation d’étouffer. Haletant, il se redressa, inspira et expira à pleins poumons de nombreuses fois, soulagé de constater qu’il ne s’agissait que d’un cauchemar. Un nouveau coup retentit alors. Cette fois, il était bien réveillé et certain que ce bruit provenait de l’immeuble et non de son cauchemar. Il espéra que Nina était venue frapper à sa porte pour passer le reste de la nuit en sa compagnie, même s’il savait que les probabilités que ce fut le cas étaient infimes. Il se précipita vers sa porte et l’ouvrit d’un geste rapide. Le palier était désert. Le bruit résonna une nouvelle fois. Il semblait provenir de l’un des murs de sa chambre. Cela s’averait pourtant impossible, car derrière ce mur, se trouvait l’une des façades de l’immeuble et le vide. Il saisit le verre posé sur sa table de chevet et le posa contre le mur. Il avait lu dans un roman policier que ce système permettait d’amplifier les sons en collant son oreille contre le fond du verre. Il sursauta lorsque le coup retentit à nouveau. Il provenait effectivement de derrière ce mur. Comment cela se pouvait-il ? Des éclats de rire le sortirent de ses pensées. Pierre Moreau, dont la chambre était située au-dessus de la sienne, venait de rentrer et n’était pas seul. Mortimer crut reconnaître la voix de Guy Townsend, le jeune veilleur de nuit du Craft, avec qui le jongleur paraissait avoir décidé de passer une chaude nuit, du moins, leurs cris et les grincements rapprochés du sommier le lui laissèrent penser. Mortimer se recoucha, couvrit ses oreilles avec son oreiller et se rendormit rapidement. Son cauchemar l’avait trop éreinté pour que le vacarme en provenance de la chambre de Moreau ne l’empêche de retrouver le sommeil. […]

Extrait de la novella « Le Magicien« , éditions L’Ivre-Book, version Ebook, (à retrouver sur le site de mon éditeur, Amazon et bien d’autres librairies en ligne)

 

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