Extrait #5 du roman « Les survivants d’Huttopia »

Extrait numéro 5 de mon roman, « Les survivants d’Huttopia » (chez Elenya Editions).

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« […] Ben arrangea le contenu de son sac à dos afin d’en faire un oreiller. Il eut soudain l’étrange sensation que quelqu’un l’épiait, dissimulé derrière une large étagère garnie de romans. Quelques notes de musique s’élevèrent avant de cesser aussitôt, comme si on avait allumé puis éteint un poste de radio. Il reconnut La Mer, de Charles Trenet. Il se retourna brusquement et avança vers le recoin d’où semblait provenir la musique et où il avait cru apercevoir une silhouette durant une fraction de seconde. Il ne vit personne, ce qui ne l’étonna pas. Aussi loin qu’il se souvienne, il avait toujours eu ce genre de vision éphémère, attribuée par ses proches à son imagination trop fertile. Le jeune homme inspecta à nouveau la bibliothèque. Rien à signaler. Il conclut que cette vision fugace résultait du stress intense ressenti durant ces dernières heures. Rassuré, il imita ses compagnons de route et se coucha sur son lit improvisé. Dormir sur le sol ne le dérangeait guère. Il regarda autour de lui et respira l’air ambiant à pleins poumons. Il adorait ce mélange le bois ciré et de vieux papier des librairies et des bibliothèques, qui avaient toujours eu sur lui un effet apaisant. Il ferma les yeux et s’endormit presque instantanément, bercé par le tintement d’un carillon accroché à l’extérieur.

Les rêves du jeune homme furent peuplés d’images étranges. Il se revit chez lui, regardant un match de base-ball avec son frère et des amis. Il devait avoir environ dix-sept ans, à l’époque. Il s’était retourné et avait aperçu Patrick, debout dans l’encadrement de la porte d’entrée. Ce dernier l’avait regardé en souriant, puis avait disparu comme s’il n’avait jamais été là. Un autre songe prit immédiatement la place de celui-ci. Ben attendait un bus scolaire alors qu’il était enfant et avait remarqué une silhouette en s’avançant sur la route pour vérifier si le véhicule arrivait. Patrick était là, au bout de la rue. Il l’observait, affichant un regard amical. Green se réveilla en sursaut. Il réalisa pourquoi le visage du vieil homme lui était si familier. Ces rêves n’en étaient pas. Ils étaient des souvenirs. Tout au long de sa vie, il avait eu l’impression d’être suivi et observé, même lorsqu’il était seul chez lui. À chaque fois, il avait cru apercevoir un vieil homme aux cheveux blancs vêtu d’un costume noir et d’une chemise blanche, avant de se convaincre d’avoir été victime d’une illusion d’optique. Cette silhouette était celle de Patrick, il venait enfin de le comprendre. À moins que son esprit ne lui joue des tours… Les pensées de Benjamin étaient si confuses à présent. Il parvenait difficilement à différencier la réalité et le contenu de ses rêves. Incapable de se rendormir, il se leva et arpenta les longues allées de la bibliothèque. George était assis près d’une fenêtre, non loin de la porte d’entrée. L’arme de Marvin à la main, il guettait le moindre bruit ou mouvement suspect en provenance de l’extérieur. Christina était réveillée. Installée sur un bord de table, elle lisait Alice au Pays des Merveilles.
— C’est mon roman favori, chuchota-t-elle à Ben en exhibant la couverture colorée de l’ouvrage.
— Toi non plus, tu ne peux pas dormir ?
— Je n’arrête pas de faire des cauchemars. J’ai préféré me lever pour lire et me détendre un peu. En réalité, ce ne sont pas vraiment des cauchemars, mais plutôt des rêves dérangeants. Je n’arrive pas à expliquer pourquoi.
— Est-ce que tu as rêvé de Patrick, toi aussi ? demanda Green.
Christina sembla surprise par sa question.
— Oui, comment tu as deviné ?
— Est-ce que tu as rêvé qu’il t’espionnait depuis toujours, chez toi, chez des amis, dans la rue… ?
— Oh mon Dieu, je ne suis pas devenue folle, alors ! Tu as fait le même genre de rêves !
— Oui, on dirait. Tu as dit qu’ils étaient dérangeants. Est-ce que c’est parce que tu n’arrives pas à les différencier de la réalité, parce que tu as l’impression que ce sont des souvenirs et non des rêves ?
Christina pâlit. Le jeune employé de banque venait enfin de mettre des mots sur ce qu’elle ne parvenait pas à décrire.
En comparant le contenu de leurs songes Christina et Benjamin en vinrent rapidement à la conclusion que le vieil homme les avait sans doute surveillés discrètement depuis longtemps. Ils parièrent qu’en discutant avec Marvin, il raconterait s’être souvenu de Patrick, de l’avoir aperçu du coin de l’œil depuis toujours. Ces apparitions fugaces avaient probablement marqué son esprit, tout comme celui de George. Les motivations du vieil homme demeuraient inexplicables, mais il était incontestablement le lien qui les unissait tous.
— S’il est apparu dans nos rêves, c’est peut-être parce qu’il essaie de nous dire quelque chose, supposa l’hôtesse.
— Elle se surprit à émettre une telle hypothèse, étant une personne plutôt rationnelle. Benjamin, contrairement à elle, était enclin à croire aux phénomènes étranges. Aussi, la théorie de la jeune femme le convainquit sans difficulté. Il se demandait cependant quel rôle avait pu jouer Patrick dans les événements survenus depuis la veille. Il paraissait inoffensif et s’était toujours montré bienveillant à leur égard.
— La réponse se trouve sans doute à Maailmanloppu, conclut Green. […] »

Roman fantastique, à lire dès 13 ans. « Les survivants d’Huttopia » (Elenya Editions) existe en versions epub et en version papier.

 

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