Extrait #3 de « La main du diable et autres contes macabres »

cover-la-main-du-diable-et-autres-contes-macabres (Illustration réalisée par Laurent Emonet)

Après des extraits de « La main du diable » et de « La poupée », découvrez quelques paragraphes de « L’homme en noir », la dernière novella du recueil.

« […]  Les infirmières ont dit que vous aussi, vous l’avez vu, reprit-il, plus sérieux.
— Vu qui ? demanda-t-elle en prenant une profonde inspiration.
— Cet homme habillé en noir. Celui avec un chapeau.
Anne parut effrayée. Un frisson parcourut tout son corps. Comment était-ce possible que lui aussi ait vu cet homme ou plutôt, cette ombre noire qui ne semblait pas avoir de visage. Daniel Duchesne raconta qu’il s’était retrouvé chez lui sans comprendre comment il était arrivé là. Il n’avait aucun souvenir des heures précédant son réveil. Au moment de se lever, il avait eu l’impression qu’on l’avait roué de coups. Tout son corps était meurtri. Il était certain d’avoir très distinctement vu une rougeur et des traces bleuâtres barrer sa poitrine jusqu’à son épaule. Puis, alors qu’il se regardait dans le miroir, il avait aperçu quelqu’un derrière lui. Cette chose l’avait saisi par le bras pour essayer de l’emmener avec elle, mais Daniel avait réussi à lui résister et à s’échapper. Il était parvenu à ouvrir sa porte et avait dû perdre connaissance alors qu’il tentait de sortir de chez lui.
Anne eut peine à croire que lui aussi avait vécu exactement la même situation, peut-être en même temps qu’elle. Tout cela était totalement absurde, mais il paraissait évident que tous deux venaient d’être confrontés au même phénomène, à la même créature. Qui était-elle ? D’où venait-elle ? Que pouvait-elle bien leur vouloir ? Était-elle seulement bien réelle ? Aucun d’eux n’était en mesure de répondre à toutes ces interrogations, mais pour Daniel Duchesne, la réponse devait forcément se trouver quelque part dans ces heures que leurs deux mémoires avaient oubliées.
Anne raconta à son tour ce qui lui était arrivé, en essayant de n’omettre aucun détail. Daniel hocha la tête en entendant son récit. Elle se sentait si soulagée de pouvoir raconter son calvaire et ses peurs à quelqu’un qui la comprenait et qui ne prenait pas pour une illuminée.
Elle fut à nouveau prise de vertiges. Une odeur forte et piquante enveloppa la pièce.
— Vous sentez cette odeur ? demanda-t-elle en mettant la main devant son nez.
— Oui, on dirait de l’ammoniaque, répondit-il en toussant.
Daniel se dirigea vers la porte afin de déterminer d’où cette odeur piquante pouvait provenir. La poignée était si chaude qu’il la lâcha brusquement en criant. La porte et les murs donnant dans le couloir étaient brûlants. Pourtant, il n’y avait pas de fumée. Il saisit un drap et parvint finalement à ouvrir. Il n’y avait personne à l’accueil ni dans les couloirs. L’hôpital semblait désert, ce qui était impossible. Anne le rejoignit rapidement, intriguée par son silence.
— Où sont passés les gens ? s’inquiéta-t-elle.
— Je ne sais pas. Regardez, on dirait que des parties des murs et des sols ont fondu.
— Fondu ? Comment une telle chose serait possible ?
— Je n’en ai aucune idée.

Ils avancèrent dans un couloir, lui aussi entièrement déserté et qui menait au comptoir des admissions. L’odeur âcre qui flottait dans l’atmosphère était de plus en plus suffocante. Soudain, Daniel s’arrêta. Il fit signe à la jeune femme de ne plus bouger et de ne plus faire de bruit. Elle s’arrêta net et écouta les bruits alentour.
— Vous avez entendu ces bruits de pas ? demanda Daniel. 
Anne murmura que oui. Ce bruit de chaussures semblait les suivre et venait de s’arrêter en même temps qu’eux. Persuadé d’être bien trop paranoïaque, Daniel supposa que ces pas appartenaient étaient à un médecin ou un infirmier parti à leur recherche. Ils arrivèrent au bout du grand couloir où ils s’étaient engagés, sombre et seulement éclairé par les lampes de secours. Ils ne savaient pas dans quelle direction aller pour rejoindre le service des admissions. Daniel eut alors l’impression que la géographie des lieux était différente. Ce couloir qu’il avait pourtant emprunté plusieurs fois n’était pas si long et menait bien au hall d’accueil, alors que ce n’était visiblement pas le cas. Anne le rassura : sa perte de connaissance avait certainement perturbé son esprit et que tout cela avait forcément une explication.
— On dirait que les murs ont fondu et il n’y a plus personne ici, vous trouvez vraiment ça rationnel ? cria Daniel. 
Non, ces événements n’étaient pas logiques, mais elle voulait avant tout éviter de céder à la panique.
— Votre front saigne, lança le jeune homme, médusé. 
Anne s’essuya à l’aide de la manche de son peignoir. Une violente vibration secoua alors son dos. Elle provenait du sol, comme si quelqu’un frappait contre le plancher. Alors qu’elle se penchait pour mieux écouter, une main gantée de noir fracassa les dalles et surgit du sol. Elle saisit Anne par une jambe et tenta de l’entraîner avec elle dans la fissure béante qui venait de s’ouvrir à côté de ses pieds. C’était de cet endroit que semblait provenir l’épouvantable odeur fétide qui avait empli tout l’hôpital. Daniel se précipita vers elle et attrapa ses mains. Anne hurla et se débattit de toutes ses forces. En se penchant, Daniel reconnut la silhouette dans l’obscurité, tapie dans cette faille improbable. La chose leva la tête. C’était bien lui, l’homme en noir. Ce monstre n’était donc pas le fruit de leur imagination. Daniel arracha la perfusion qui était enfoncée dans son bras pour être plus libre de ses mouvements et serra de toutes ses forces les mains de sa nouvelle amie. Elle s’accrocha aussi fort qu’elle le put, terrifiée par ce qui lui arrivait. Finalement, Daniel recula d’un geste brusque et réussit à entraîner la jeune femme vers lui. Elle se hissa hors de la faille creusée dans le sol et parvint à se dégager de l’emprise de l’homme en noir. À l’instant même où elle sortit de la faille, les lumières se rallumèrent et le couloir sembla reprendre vie. […] »

Extrait de « L’homme en noir » dans le recueil « La main du diable et autres contes macabres » (éditions L’ivre-Book)

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