Extrait d’Awen -éditions L’ivre-Book-

 

Awen

Vous êtes curieux d’en savoir plus sur « Awen », novella fantastique/horreur publiée récemment pat les éditions L’ivre-Book ? En voici un extrait :

« Vic roulait depuis déjà vingt-cinq minutes et n’avait encore trouvé aucun magasin ouvert sur sa route pour acheter des cigares.
« J’aurais dû arrêter cette saleté de tabac depuis longtemps », se dit-il. « Ça m’éviterait de me retrouver sans cesse dans ce genre de situation ».
Lorsqu’il était plongé dans la rédaction d’un roman, il n’était pas rare que Victor Simoni lève le nez de son clavier et réalise que toutes les boutiques étaient fermées depuis longtemps alors que sa dernière boîte de cigares était vide. Sans eux, impossible pour lui d’écrire le moindre mot. Il était conscient du risque que représentait cette mauvaise habitude, mais elle constituait pour lui une source indispensable de concentration. Aussi, malgré l’orage et le déluge de pluie qui s’abattait sur la ville depuis vingt-quatre heures, il n’avait pas eu d’autre choix que de partir en quête d’un nouveau paquet de « carburant à méninges », comme il se plaisait à l’appeler. Trouver l’inspiration pour son dernier roman n’était déjà pas aisé, il n’allait pas prendre le risque de se priver en plus de l’un de ses stimulants favoris.
Au fond de lui, il savait qu’il n’aurait jamais dû accepter cette commande de son éditeur. Le fantastique n’était décidément pas son domaine de prédilection et, malgré ses efforts, il se demandait comment il allait parvenir à honorer son contrat. Il aurait dû refuser, mais comment dire non à l’avance qui lui avait été proposée ? Comme bien des auteurs, Vic ne roulait pas sur l’or et ne pouvait se permettre de refuser ce chèque, ni de trahir les espoirs et la confiance de Roger Moreau, directeur des éditions Mysterio.
Alors qu’il tentait de réfléchir à la progression de son intrigue, Vic sursauta derrière son volant. Un bruit assourdissant venait de retentir, sans doute celui d’un impact de foudre. Il continua son chemin et, entre les gouttes d’eau qui ruisselaient sur son pare-brise, aperçut de la fumée, un peu plus loin. D’un naturel curieux, il décida d’aller voir de plus près ce qui s’était produit. La colonne de fumée était si dense que retrouver son point d’origine ne s’avèrerait pas difficile. Après quelques minutes de route, le jeune homme réalisa que le fracas ne provenait pas d’un impact de foudre, mais de la collision entre une voiture et un arbre centenaire, planté sur le bord de la route. Le véhicule n’avait pas pris feu, mais l’épaisse vapeur blanche et âcre s’échappant du moteur laissait penser que cela ne tarderait pas. Il descendit de son véhicule, s’abritant de la pluie en relevant son blouson jusque sur sa tête et s’approcha du conducteur. Il passa une main par la vitre, qui avait volé en éclat sous le choc et le secoua prudemment.
— Monsieur ? Ça va, monsieur ?
Le conducteur ne bougea pas.
« Merde, il est mort », pensa Victor. C’est mon tout premier mort… Ça fait une drôle d’impression, tout de même. », se dit-il en passant nerveusement la main dans ses longs cheveux châtains en bataille
Il s’approcha afin de voir le visage du conducteur de plus près. Ses yeux étaient grands ouverts. D’un geste maladroit, il referma ses paupières. Vic sortit son portable, puis le replaça dans son blouson. Il regarda alors autour de lui et se précipita vers une cabine téléphonique, à quelques mètres de là. Il tâta ses poches et vérifia qu’il avait la monnaie nécessaire pour passer un appel. Il composa le numéro des urgences et, sous un faux nom, signala l’accident. Il n’avait aucune envie d’être questionné au sujet d’un accident pour lequel il n’avait rien à voir et s’apprêtait à quitter les lieux bien avant l’arrivée des secours. En utilisant une cabine, dont il avait essuyé le combiné pour effacer ses empreintes, il garantissait sa propre tranquillité. Découvrir un cadavre engendrait toujours des soupçons, et il n’avait pas de temps à perdre avec la police. Il détestait « les flics » et leur propension à accuser tout le monde de tout et n’importe quoi. À force d’écrire des romans policiers, il devenait aussi méfiant que ses propres personnages.
Alors qu’il s’apprêtait à remonter dans son véhicule, Victor aperçut une masse sombre se déplacer sur le siège arrière de la voiture accidentée. Il découvrit qu’il s’agissait d’un chat noir, sans doute choqué par l’impact, en raison de sa démarche chancelante, mais visiblement indemne. L’animal poussa un miaulement strident et tituba dans sa direction. Il regarda la plaque qui pendait de son collier en velours bordeaux.
— Awen. C’est ton nom, alors ?
L’animal miaula à nouveau. Il se dirigea ensuite vers son défunt propriétaire et lécha l’une des plaies de son front.
— Je crois que tu as eu plus de chance que ton maître…
En observant Awen près du visage du conducteur, Vic pensa reconnaître l’homme, malgré les hématomes et les boursouflures. Il fouilla dans la veste de la victime et y trouva rapidement son portefeuille.
« Merde, j’en étais sûr ! C’est Edgar J. Paul. Ce gars était un auteur incroyable, j’ai tous ses romans. Quelle connerie de mourir de cette manière… »
Au loin, Victor aperçut les gyrophares de voitures de police et d’ambulances. Il prit le chat dans ses bras.
— Tiens, tu es une fille, on dirait, dit-il en observant de plus près sa région caudale.
Awen ronronna en se blottissant contre lui.
— T’es pas du genre sauvage, toi. Allez, je t’emmène à la maison. Je ne vais tout de même pas abandonner le chat d’Edgar J. Paul. J’ai un neveu qui étudie pour être vétérinaire et adore les chats, il pourra prendre soin de toi si je ne te garde pas.
Awen sauta sur le siège arrière de la voiture de Victor. Elle tourna plusieurs fois sur elle-même avant de se coucher et s’endormit presque instantanément.
Une fois rentré chez lui, il déposa l’animal sur son canapé et se dirigea vers la cuisine. Durant de longues années, le jeune romancier avait été l’heureux propriétaire d’un félin tigré, et même si ce dernier n’était plus de ce monde depuis quelques années, il conservait les dernières boîtes de nourriture pour chats qui lui restaient, « au cas où ». Manifestement, il avait eu une bonne idée. Il versa le contenu de la boîte dans une soucoupe et recula lorsque l’odeur de la pâtée atteint ses narines.
« J’avais oublié à quel point ce machin peut puer », se dit-il.
Victor déposa la soucoupe devant Awen. Cette dernière fit un rapide pas en arrière en secouant l’une de ses pattes avant après avoir reniflé son contenu.
— Toi non plus, tu n’aimes pas cette odeur. Je te comprends, c’est immonde. Mais, désolé, tu devras t’en contenter jusqu’à demain. Je vais t’improviser un bac litière avec un carton et des journaux. Je t’achèterai quelque chose de mieux demain, mais en attendant, interdiction de faire pipi n’importe où. D’accord ?
L’animal émit un son semblable à un roucoulement et se frotta contre les jambes de son nouveau propriétaire. Awen s’étira, puis inspecta la pièce. Elle monta sur le bureau de Vic et renifla longuement son ordinateur et sa machine à écrire.
— Ces objets doivent te rappeler ton ancienne maison, pas vrai ? Tu as eu de la chance d’être tombée sur moi, finalement. Tu ne seras pas dépaysée, parce que j’imagine sans mal qu’Edgar utilisait le même genre de matériel que moi. Il doit te manquer. Quelle connerie de finir ses jours dans un accident aussi stupide.
Simoni supposa qu’Edgar J. Paul avait trop bu avant de prendre le volant. Comme la route était déserte, il y avait fort à parier qu’il s’était endormi au volant avant de terminer sa course dans un arbre.
« À moins que la foudre tombée tout près ne l’ait ébloui, ou qu’il ait été victime d’un malaise », se reprit-il en se servant un verre de whisky.
« Certes, les écrivains traînent la réputation de ne jamais renoncer à quelques verres d’alcool pour trouver l’inspiration, mais de là à penser que tous sont des ivrognes, il ne faut pas exagérer. », conclut-il avant de terminer son verre d’une traite.[…]

Pour lire la suite d' »Awen », rendez-vous ICI ou , par exemple. 🙂

Support Numérique
Collection : Imaginarium Fantastique
ISBN : 9782368922583
Publication : 19/03/2016
Illustration : Laurent Emonet

Prix : 1,99€

 

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